Intégration économique et mondialisation économique: antagonisme ou complémentarité.

Intégration économique et mondialisation économique: antagonisme ou complémentarité.

L’intégration économique est un processus par lequel un groupe de pays avec ou sans frontières communes libéralise ses échanges au moyen d’une zone de libre-échange ou d’une union douanière et crée de ce fait un marché commun des biens, des personnes, des capitaux et des services alors que la mondialisation économique désigne l’accélération, à l’échelle mondiale, des échanges de biens et de services, c’est en quelque sorte une intégration économique mondiale. Ces deux concepts apparaissent aujourd’hui comme les deux faces des relations économiques internationales. Parallèlement à la construction d’un univers économique globalisé, on observe ces dynamiques d’intégration dans toutes les régions du monde. L’on est donc en droit de s’interroger sur les raisons d’existence de cette intégration régionale puisque la mondialisation elle, prône une globalisation économique. Entretiennent-ils des relations à caractère antagoniste ? Complémentaire ?  Comment ces deux concepts ce comportent-ils l’un vis-à-vis de l’autre ?

La mondialisation se présentant parfois comme une jungle où les entités plus puissantes économiquement imposent leur loi, le phénomène de l’intégration économique peut s’avéré être dans ce cas de figure un palliatif aux méfaits de la mondialisation surtout pour les pays qui se trouvent désavantagés dans le processus de mondialisation économique. En effet l’intégration, en tant que regroupement des États géographiquement proches est un moyen pour ceux-ci de se préparer à affronter la mondialisation. C’est le cas des pays du Sud et surtout d’Afrique qui face aux pertes qu’ils subissent du fait de l’extrême concurrence, produit de la mondialisation, s’organisent au sein de zones régionales économiques afin d’en tirer plus d’avantages de cette politique de marché commun.

Aussi la mondialisation  qui renvoie initialement à une intégration des différentes unités économiques qui composent le monde, produit alors directement son contraire, c’est-à-dire la fragmentation de celui-ci. Cette fragmentation semble alors entraîner l’émergence d’une dynamique intégrationnelle dont le rôle premier est de résister à la mondialisation. En effet, selon Amélie BLOM et Frédéric CHARILLON dans Théories et concepts des relations internationales, ce mécanisme s’opère par le jeu des revendications identitaires. On pense pouvoir se protéger de la machine à exclure qu’est la mondialisation, au mieux grâce au maintien au pire par la création des particularismes. On s’aperçoit donc qu’à partir d’une possibilité d’étendre la portée de l’action économique à l’échelle mondiale, on en arrive à un repli sur le local. L’intégration semble ainsi s’éloigner de la mondialisation.

Loin de l’unité économique, le monde traverse une diversité de plus en plus manifeste due à l’intégration économique. Mondialisation et intégration sous un angle, ne ferait certainement pas bon ménage. Cependant, il faut admettre que le regroupement au sein d’une région, comme ressource peut permettre une réelle insertion dans la mondialisation. Ce d’autant plus que l’intégration économique, comme la d’ailleurs précisé Ernst Haas, dans The uniting of Europe political, Social and economic forces, peut être une étape vers la mondialisation économique.

L’intégration régionale peut être un facteur d’industrialisation et de développement des échanges internationaux. En effet, dans le but de favoriser l’intégration économique, les États s’engagent à prendre une série de mesures. Celles-ci ont des répercussions sur les économies de la région et sur les échanges intra-régionaux. Il s’agit principalement de la réduction des tarifs douaniers, de l’effet d’expansion de la demande et de l’effet du tarif extérieur commun. La réduction des barrières tarifaires entraîne un plus grand essor du commerce communautaire. Le démantèlement progressif des barrières douanières permet la constitution d’un vaste ensemble de libre échange, ce que préfigure déjà la mondialisation. Ces échanges intra-régionaux à leur tour permettront aux entreprises de la communauté d’être plus organisées pour pouvoir affronter la concurrence internationale dans leurs propres régions et dans l’environnement international. Ainsi, les pays d’une région peuvent utiliser l’intégration économique pour favoriser leur présence sur les marchés internationaux et profiter de leurs avantages comparatifs dans les échanges mondiaux.

D’autre part, l’intégration économique s’avère être un instrument au service de la mondialisation. Il n’est pas une ineptie de dire que l’intégration régionale a les mêmes objectifs que la mondialisation : l’abolition des frontières. L’une des caractéristiques de la mondialisation est la libre circulation des flux financiers. L’intégration, à travers la création de vastes zones de libre échange attire plus facilement les investissements et favorise l’accumulation du capital. Les flux financiers circulent plus facilement et en quantité importante lorsqu’il y a des espaces homogènes de coopération économique. Ainsi, à travers l’intégration régionale, l’Afrique affaiblie peut parler de plus en plus d’une voix forte sur la scène internationale et mieux défendre ses intérêts pour que la mondialisation en cours lui soit moins défavorable.

Au terme de notre analyse, il ressort que les replis identitaires dus à l’intégration économique que l’on observe de part et d’autres constituent de véritables entorses au processus de mondialisation et l’on peut à l’évidence se rendre compte que la société internationale en s’intégrant ne se mondialise pas mais se divise. Néanmoins, l’intégration économique se présente comme étant également une pré-condition au marché mondial en permettant aux nations de faire face à la mondialisation. Un paradoxe se crée donc, l’intégration économique peut-elle être durablement au service de la mondialisation quand on sait qu’elle résulte des méfaits de cette dernière ?

vepdd

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